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Historique de la conservation

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Cinq siècles d'histoire seigneuriale dans le Midi

Privilèges et libertés de la ville de Graulhet (30 J 104)

Le chartrier de Graulhet, comme de nombreux autres, a connu une histoire mouvementée. Constitué au fil des siècles par les seigneurs de cette localité, ses origines remontent à 1234 avec l’acte de fondation de Castelnau-de-Lévis (autrefois Castelnau-de-Bonafous) par lequel Raymond VII, comte de Toulouse, confie le Puy de Bonafous à Sicard Alaman le vieux dans le but d’y construire un château et un village (copie XIVe siècle contenue dans le cartulaire dit "des Alaman" (30 J 132)).

Les familles se succèdent à la tête de la seigneurie jusqu’au mariage, en 1637, de Louise d’Amboise, fille et héritière du baron de Graulhet, François d’Amboise d’Aubijoux, avec Jacques de Crussol, marquis de Saint-Sulpice (Lot). Ce mariage va dès lors unir les destins des chartriers de Graulhet et Saint-Sulpice.

On sait en effet qu’au XVIIIe siècle, ce double chartrier se trouve au château de Crins, dans l’actuelle commune de Graulhet, où la famille de Crussol-Saint-Sulpice a fixé sa résidence habituelle. C’est dans ce même château que Claude Cresty, « déchiffreur et archiviste » procéda au classement du chartrier en 1728 pour le fonds albigeois et en 1738-1739 pour la partie quercynoise, sur ordre du marquis de Saint-Sulpice, Philippe Emmanuel de Crussol.

Un passage salvateur à Lasgraïsses

Pour des raisons inconnues, à la veille de la Révolution, le chartrier entra en possession de Jean-François Ferrasse, exerçant la profession de notaire à Lasgraïsses (localité des environs de Graulhet) entre 1779 et 1812.

Au moment de la Révolution, l’ensemble du chartrier perd sa valeur juridique puisque, lors de la nuit du 4 août 1789, l’Assemblée constituante met fin au système féodal. Dès lors, les documents du chartrier « ne tardèrent pas à être relégués au galetas, et on ne prit plus dès lors aucun soin pour assurer leur conservation. Plus ou moins foulés aux pieds, rongés par la dent des rats, détériorés par l’eau des gouttières, employés parfois pour les besoins du ménage, ils paraissaient destinés à disparaître », selon Edmond Cabié (cité par GRESLÉ-BOUIGNOL (Maurice), "Le chartrier des seigneurs de Graulhet-Castelnau-de-Lévis aux Archives du Tarn", dans Annales du Midi, tome 72, Privat, 1960, p. 90), érudit qui exploita le fonds à la fin du XIXe siècle. On n’a pu que confirmer cette description particulièrement sinistre au moment du traitement des documents qui constituent aujourd’hui le chartrier. Les dommages énoncés ont bel et bien abîmé de nombreux rouleaux de parchemin et plusieurs registres rendant leur exploitation scientifique parfois très difficile.

Il faut attendre le milieu du XIXe siècle pour qu’un parent et successeur de Maître Ferrasse sorte le chartrier de l’oubli. Louis Mazens, notaire de Lasgraïsses entre 1858 et 1891, très vite dépassé par le volume et la richesse du chartier, aura la bonne idée de faire appel à un véritable érudit en la personne d’Edmond Cabié. La collaboration des deux hommes s’avéra fructueuse avec notamment la publication dès 1883 d’Un cartulaire et divers actes des Alaman, des de Lautrec et des de Lévis (XIIIe et XIVe siècles). D’autres publications suivirent au fur et à mesure de l’exploitation du chartrier jusqu’à la mort de Maître Mazens en 1898. Edmond Cabié disparut quant à lui en 1909 laissant les héritiers de Louis Mazens en possession d’un véritable trésor d’archives qu’ils étaient bien incapables d’exploiter à sa juste valeur.

Un fonds qui attire les convoitises

Extrait du livre des fiefs possédés par Guigounet de Lévis, vicomte de Lautrec, aux lieux de Graulhet et dépendances, fo 10 (30 J 109)

C’est ainsi que la dislocation du chartrier s’amorça, par ventes successives auprès de particuliers. La branche agenaise de la famille Hébrard de Saint-Sulpice, alertée par les publications de Cabié, parvint à récupérer la plus grande partie des documents exilés en Albigeois par la famille de Crussol et notamment l’inventaire général du chartrier de Saint-Sulpice dressé par Cresty en 1739, un gros volume de 250 folios. La famille Hébrard ayant relevé au XIXe siècle le château qui fut le berceau de la seigneurie de Saint-Sulpice, le chartrier retourna à ses origines. Cette partie du chartrier fut par la suite exploitée par le chanoine Albe à travers une publication consacrée au château et aux seigneurs de Saint-Sulpice (Le château de Saint-Sulpice et ses seigneurs, Brivz, Lachaise, 1925.).

Un heureux dénouement : l'entrée aux Archives du Tarn

Malgré cette première acquisition du marquis de Saint-Sulpice auprès des héritiers de Maître Mazens, de nombreux documents restaient encore en leur possession, notamment le fonds albigeois du chartrier. Plusieurs antiquaires se portèrent acquéreurs de cette dernière partie du chartrier avant que le directeur des services d’archives du Tarn ne soit avisé de ces ventes d’archives en 1950. L’année suivante, les Archives du Tarn entrèrent en possession des derniers documents mis en vente par les héritiers Mazens : il s’agissait en majorité d’actes intéressant Lasgraïsses et ses environs collectionnés par Louis Mazens (Voir partie "Mélanges" du plan de classement.), amateur de vieux papiers, les dossiers constitués véritablement issus du chartrier faisant figure d’exception.

En 1953, les Archives du Tarn procèdent à une nouvelle acquisition afin de compléter le chartrier de Graulhet : il s’agit du terrier de Castelnau-de-Lévis dressé en 1323 pour Bertrant de Got, vicomte de Lomagne, d’Auvillar et de Lautrec (cote : 30 J 79)

La Section des archives privées aux Archives nationales va également permettre de compléter le chartrier par l’acquisition, entre 1954 et 1969, de plusieurs centaines de documents que les héritiers Mazens avaient cédé à des antiquaires parisiens. Les documents de ces acquisitions successives, au contenu très riche, ont été envoyés aux Archives du Tarn pour réunion au chartrier.

Les Archives du Tarn poursuivirent en parallèle l’enrichissement du chartrier de Graulhet par l’acquisition ponctuelle d’actes isolés. En 1975, le service achète auprès d’un particulier un ensemble de documents particulièrement riche tant pour le fonds albigeois que pour le fonds de Saint-Sulpice. Plus récemment, en 2002, un particulier a fait don aux Archives départementales d’un ensemble de documents intéressant pour l’essentiel la famille d’Amboise d’Aubijoux et les seigneuries de Castelnau-de-Lévis et Graulhet.

Enfin, deux pièces isolées cotées en sous-série 1 J, dédiée aux petits fonds d’archives d’origine privée, ont été intégrées au classement puisqu’elles complètent directement le chartrier (1 J 142/1 et 1 J 935).

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